
Broché – 400 pages
Publié le 8 octobre 2025
Editions Denoël
*
* *
*
~ 4e de couverture ~
Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. Un youtubeur suscite l’engouement en remettant en lumière l’histoire de la Veuve blanche, une tueuse en série aujourd’hui disparue qui a terrorisé Tokyo au début des années 2000. Lorsque Junichi Kudo, détective privé dont le destin a été broyé par cette femme apprend que d’autres crimes ont été commis selon le même modus operandi, il décide d’enquêter. Il s’engouffre seul dans le monde des « évaporés », où la Veuve blanche pourrait avoir trouvé refuge. Bientôt, il disparaît à son tour. Hayato Ishida et Noémie Legrand, de la cellule Sakura, partent sur ses traces. Ils plongent dans les méandres d’un Japon fracturé et mettent au jour un puzzle funeste, où les fantômes d’hier continuent de hanter le présent.
*
* *
*
~ Mon avis ~
Un youtubeur True Crime relance l’affaire de la Veuve blanche — une tueuse en série qui a terrorisé Tokyo au début des années 2000 avant de disparaître — en semant le doute : et si elle n’était pas morte ? Junichi Kudo, détective privé dont la vie a été brisée par cette femme, décide d’enquêter seul. Il s’engouffre dans le monde des jōhatsu, ces Japonais qui choisissent de s’évaporer volontairement — et disparaît à son tour. Hayato Ishida et Noémie Legrand, de la cellule Sakura, plongent alors dans les méandres d’un Japon fracturé, où les fantômes du passé continuent de hanter le présent.
La Colère d’Izanagi fait partie de mes plus gros coups de cœur littéraires. Autant dire que j’avais des attentes très élevées pour cette suite. Et Cyril Carrère ne m’a pas déçue.
On retrouve Hayato Ishida et Noémie Legrand comme de vieux amis, avec toutes leurs fêlures et leur complémentarité intactes. Savoir d’où ils viennent, connaître leurs blessures, ça rend chaque scène encore plus dense, chaque échange encore plus chargé. Un vrai plaisir de les retrouver.
Cyril Carrère vit au Japon, et ça change tout : le pays n’est pas qu’un simple décor, c’est un personnage à part entière. Les villes, les quartiers, les codes sociaux, la pression invisible qui pèse sur chaque individu — tout vibre de justesse parce que ça sent le vécu et le travail de terrain. On est très loin des romans Google Maps.
Le sujet des jōhatsu est fascinant et glaçant à la fois. Au Japon, il est possible de disparaître sans laisser d’adresse, un phénomène qui concerne plus de cent mille personnes par an. La société japonaise est si codifiée, si ritualisée, si exigeante, qu’elle impose une forme de contrainte invisible, et c’est cette toile de fond que l’auteur utilise pour explorer la liberté paradoxale que retrouvent ceux qui choisissent volontairement de s’effacer.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est la façon dont l’auteur traite la Veuve blanche elle-même. Le roman maintient le poids des crimes tout en livrant un texte non manichéen : toutes les couches de souffrance de cette femme empêchent le lecteur de se rabattre sur son seul compas moral. On se retrouve à ressentir de l’empathie pour une meurtrière et cette sensation étrange, inconfortable, est précisément là où le talent de Cyril Carrère se déploie.
Sa plume est fluide, précise, visuelle, alternant entre l’intensité du thriller et la lenteur contemplative d’un roman d’atmosphère. Les chapitres courts, la construction en allers-retours temporels, le puzzle qui se reconstitue lentement. Tout concourt à maintenir une tension constante sans jamais brusquer le lecteur.
Est-ce que j’y retrouve la même claque que dans La Colère d’Izanagi ? Pas tout à fait. Le premier tome avait quelque chose d’absolument unique qui m’avait terrassée. Mais ce deuxième opus confirme l’immense talent de Cyril Carrère et son ancrage toujours plus profond dans la société japonaise. Une valeur sûre.
✅ À lire si…
- Vous aimez les polars qui font aussi œuvre de documentaire sur une culture
- Le Japon contemporain, ses codes et ses paradoxes vous fascinent
- Vous appréciez les récits non manichéens avec des personnages complexes et nuancés
- Vous aimez les constructions narratives à plusieurs temporalités
- Vous avez adoré La Colère d’Izanagi — lisez-le absolument avant !
❌ À éviter si…
- Vous cherchez un polar 100% action sans dimension socio-culturelle
- Les codes culturels très éloignés des nôtres vous perturbent plutôt qu’ils vous intriguent
- Vous n’avez pas lu le tome 1 — commencez par le début, vraiment !
Le Crépuscule de la veuve blanche est un thriller ambitieux et profondément humain, qui plonge dans les ténèbres d’un Japon que les cartes postales ne montrent jamais. Peut-être pas la même claque absolue que son prédécesseur, mais Cyril Carrère confirme qu’il est une voix incontournable du polar français, puissant, addictif, une réussite de bout en bout.
*
* *
*
Envie de découvrir ce roman ?
Il est disponible au format broché : https://amzn.to/4sP9r6F
mais également en numérique : https://amzn.to/3PJu0Tz
et en livre audio numérique : https://amzn.to/4c64qiW
