✒️ Côté plume – Chapitre 10 : Dire « j’écris » sans se justifier

Il y a des phrases qui paraissent simples. Et qui, pourtant, demandent du temps.

« J’écris. »

Deux mots. Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, pendant longtemps, je les ai contournés.

Je disais autre chose. Je minimisais. Je précisais. Je nuançais. Comme si affirmer simplement « j’écris » risquait d’en dire trop.


Longtemps, j’ai eu besoin d’adoucir la phrase

Je ne disais pas : « j’écris ». Je disais : « J’écris un peu. » « J’ai un projet. » « Je griffonne quand j’ai le temps. »

Comme si le simple fait d’écrire devait être immédiatement tempéré, expliqué, encadré. Comme si la phrase brute était trop ambitieuse, trop exposée, trop définitive.

En réalité, je ne manquais pas de mots. Je manquais surtout de permission.


Comme si écrire devait être validé

Il y a une idée tenace, presque invisible, qui colle à l’écriture : celle qu’on ne serait “vraiment” autrice qu’à partir d’un certain seuil.

Quand on a terminé un manuscrit. Quand on est publiée. Quand quelqu’un d’extérieur confirme que ce qu’on fait “compte”.

En attendant, on resterait dans une zone floue. Pas tout à fait légitime. Pas tout à fait sérieuse. Pas tout à fait “autrice”.

Alors on explique. On rassure. On justifie.


Pourtant, écrire ne commence pas quand on est reconnue

Écrire commence bien avant. Dans les carnets. Dans les pages volées au quotidien. Dans les scènes qui s’imposent en pleine semaine. Dans les dimanches entiers passés à retrouver ses personnages. Dans les histoires qu’on porte depuis longtemps sans toujours oser les nommer.

L’écriture n’attend pas une validation pour exister. Elle est là, dès lors qu’on s’y engage vraiment.

Et à force de vouloir attendre “le bon moment” pour l’assumer, on finit parfois par retarder quelque chose d’essentiel : le droit de se reconnaître soi-même.


Dire « j’écris », ce n’est pas se prétendre au-dessus

C’est peut-être là le malentendu le plus tenace.

Dire « j’écris », ce n’est pas se donner un titre. Ce n’est pas se prendre pour quelqu’un d’autre. Ce n’est pas chercher à impressionner.

C’est simplement nommer une réalité.

Une réalité discrète, souvent invisible, parfois solitaire. Mais une réalité quand même.

Et au fond, il n’y a rien de prétentieux à appeler les choses par leur nom.


Assumer, ce n’est pas ne plus douter

Aujourd’hui encore, il m’arrive de chercher mes mots. De sentir cette petite gêne au moment d’en parler. De me demander si je vais être comprise.

Mais il y a une différence importante : je ne ressens plus le besoin de me diminuer systématiquement pour être plus “acceptable”.

Je peux douter… et dire quand même : j’écris.

Je peux ne pas tout maîtriser… et dire quand même : j’écris.

Je peux être en chemin… et dire quand même : j’écris.


Une phrase simple, mais pas anodine

Je crois qu’il y a un vrai basculement dans cette phrase. Pas parce qu’elle change le regard des autres du jour au lendemain. Mais parce qu’elle change quelque chose à l’intérieur.

Elle dit : je ne me cache plus tout à fait.
je ne minimise plus systématiquement.
je reconnais ce qui existe déjà.

Et parfois, c’est déjà immense.


Conclusion

Dire « j’écris » sans se justifier, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est peut-être simplement arrêter de s’effacer soi-même.

Ce n’est pas une grande déclaration. C’est un petit déplacement intérieur. Mais il change beaucoup de choses.

Et peut-être qu’au fond, assumer d’écrire, ce n’est pas se donner une étiquette. C’est juste cesser de retirer de la valeur à quelque chose qui en a déjà.

👉 Dans le prochain chapitre de Côté plume, je vous parlerai de ces histoires qui deviennent, sans qu’on l’ait prévu, absolument nécessaires à écrire.

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