✒️ Côté plume – Chapitre 9 : Le regard des autres

Écrire est un acte profondément intime. Mais dès qu’on commence à en parler, à montrer un projet, à dire tout haut « j’écris », quelque chose change.

Parce qu’à partir de là, il n’y a plus seulement ce que l’on vit à l’intérieur. Il y a aussi le regard des autres.


Écrire seule, c’est simple. Dire qu’on écrit, beaucoup moins.

Pendant longtemps, écrire est resté quelque chose de très personnel pour moi. Un espace à part. Une bulle. Quelque chose que je faisais parce que j’en avais besoin, sans forcément chercher à le montrer.

Et puis vient un moment où l’on ne peut plus tout garder dans l’ombre. Quand un projet avance. Quand un manuscrit existe vraiment. Quand on commence à le nommer.

Et là, sans qu’on s’en rende toujours compte, une autre question s’invite : Qu’est-ce que les autres vont en penser ?


Entre curiosité, bienveillance… et maladresses

Le regard des autres n’est pas toujours dur. Parfois, il est simplement maladroit.

Il y a ceux qui demandent avec gentillesse : « Alors, ça avance, ton livre ? »
Et ceux qui, sans le vouloir, appuient là où ça pique : « Tu veux te faire publier ? » « Tu en es où ? » « Et tu écris sur quoi, exactement ? »

Des questions simples, en apparence.
Mais qui peuvent devenir vertigineuses quand on porte déjà ses propres doutes.

Parce qu’écrire, ce n’est pas produire sur commande. Ce n’est pas un dossier qu’on boucle ou une case qu’on coche. C’est un chemin lent, vivant, mouvant — et parfois difficile à expliquer.


La peur d’être mal comprise

Il y a aussi cette crainte plus discrète : celle de ne pas être prise au sérieux… ou au contraire, de paraître prétentieuse.

Dire qu’on écrit, ce n’est pas seulement partager une passion. C’est aussi s’exposer à tout ce que les autres y projettent : leurs idées sur les livres, sur les auteurs, sur ce qui “compte vraiment” ou non.

Alors parfois, on se tait un peu. On minimise. On dit juste : « j’écris un peu » alors qu’au fond, on sait très bien que ce n’est pas “un peu”.


Montrer un texte, c’est montrer un morceau de soi

Faire lire un texte, ce n’est jamais anodin. Même quand on dit que “ce n’est qu’un premier jet” ou un brouillon. Même quand on prétend qu’on veut juste “un avis”.

En réalité, on tend toujours quelque chose de plus fragile qu’un simple document. On tend une voix. Une sensibilité. Une façon de voir le monde.

Et forcément, le regard des autres peut toucher juste. Parfois dans le bon sens. Parfois un peu trop fort.


Apprendre à faire le tri

Avec le temps, je crois qu’on apprend une chose essentielle : tous les regards ne se valent pas.

Il y a ceux qui soutiennent vraiment. Ceux qui lisent avec respect, même s’ils ne comprennent pas tout.
Ceux qui posent des questions sincères. Et puis il y a le bruit autour. Les réactions rapides, les jugements à côté, les opinions qu’on n’avait pas demandées.

Écrire m’apprend aussi ça : à choisir à qui je montre, à qui je confie, à qui je donne accès.


Continuer malgré le regard

Le regard des autres ne disparaît jamais complètement. Mais avec le temps, il prend un peu moins de place.

Parce qu’à un moment, l’histoire devient plus importante que l’image qu’on renvoie. Parce qu’on comprend que si l’on attend d’être parfaitement à l’aise, on ne montrera jamais rien. Et parce qu’écrire, au fond, ne devient pas moins vrai parce que quelqu’un le regarde.


Conclusion

Le regard des autres peut encourager, freiner, troubler, blesser parfois. Mais il ne devrait jamais avoir le dernier mot.

Écrire demande déjà assez de courage en soi. Alors continuer malgré ce regard, malgré les projections, malgré les maladresses… c’est peut-être aussi une façon d’apprendre à se choisir.

👉 Dans le prochain chapitre de Côté plume, je vous parlerai peut-être de ce moment particulier où l’on commence enfin à dire « j’écris » sans avoir besoin de se justifier.

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