✒️ Côté plume – Chapitre 6 : Écrire avec un TDAH

On parle souvent d’organisation, de discipline, de routines d’écriture… et puis il y a la réalité, la mienne : un cerveau TDAH qui ne connaît pas le bouton “pause”, mais qui sait s’enflammer comme personne quand il trouve le bon fil.

Écrire avec un TDAH, ce n’est pas écrire “malgré”. C’est écrire avec, écrire à travers, écrire comme on respire quand l’air manque.


Quand l’écriture devient tunnel

Le trait le plus évident, celui qui m’accompagne depuis toujours, c’est le focus hyper intense. Ce moment où tout disparaît : le temps, la faim, la soif, les besoins de mes chiennes, et même l’idée que je pourrais me lever pour aller me doucher.

Je m’installe pour “juste une scène”, et me voilà trois heures plus tard, avec dix pages écrites et un thé froid oublié au bout de la table.

C’est une forme d’abandon total : je tombe dans mon histoire comme dans un puits — et tant que je n’ai pas touché le fond, je ne remonte pas.

C’est grisant, révélateur, parfois dangereux. Mais je crois que c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant écrire : cette capacité à disparaître du monde, à devenir canal, à laisser mes personnages prendre toute la place.


… et quand l’écriture s’évapore complètement

Ce que l’on dit moins, c’est l’autre versant. Celui où le cerveau déborde tellement qu’il devient impossible d’aligner deux mots.

Il y a des jours où tout est prêt : l’intrigue, les scènes, les émotions… mais la connexion entre la tête et la main refuse de se faire. Le bruit intérieur est trop fort. La dispersion trop violente. C’est comme essayer d’écrire au milieu d’un carrefour où toutes les voitures passent en même temps, dans toutes les directions.

On voudrait avancer, mais rien ne se pose. Les phrases s’enfuient, les idées glissent, et tout paraît soudain inaccessible.

Ces moments sont frustrants, parfois violents. Mais ils font partie du package, et je l’accepte de mieux en mieux : l’écriture n’est pas un robinet. C’est une marée, avec ses flux et ses retraits.


Quand la pensée va plus vite que les doigts

Écrire avec un TDAH, c’est avoir mille idées à la minute. Des dialogues qui jaillissent avant même que j’aie eu le temps de les entendre. Des scènes qui se positionnent toutes seules, comme si mon cerveau déroulait un film en accéléré et que mes doigts tentaient juste de suivre la cadence.

Cette vitesse — ce “trop vite” parfois —, c’est aussi une force. Mes intrigues avancent rapidement parce que mon esprit s’autorise les connexions improbables, les associations étranges, les chemins de traverse.

C’est l’endroit où le TDAH arrête d’être un obstacle pour devenir un moteur narratif.


L’émotion comme boussole

On me demande parfois : “Mais comment fais-tu pour écrire des scènes aussi intenses ?” La réponse est simple : je ne les écris pas à distance. Je les vis.

Tout est amplifié : la colère de Wladimir, la douceur maladroite d’Alexandra, la peur, la joie, la perte, le désir. Pour un cerveau comme le mien, les émotions ne sont pas des nuances : ce sont des flux. Je les laisse passer, et elles imprègnent ce que j’écris.

Ce n’est pas confortable. Mais c’est sincère.


Un équilibre fragile

Vivre et écrire avec un TDAH, c’est apprendre à jongler avec soi-même. Entre les phases où je peux écrire six heures sans lever les yeux, et celles où je papillonne sans réussir à retenir une seule phrase.

Entre la fulgurance et l’épuisement. Entre le trop et le rien.

J’apprends à ralentir. À poser un minuteur pour me rappeler de nourrir les chiennes. À respirer entre deux scènes. À accepter que la puissance de mon focus peut être une alliée, tant que je l’apprivoise.

Ce n’est pas un combat. Plutôt une danse — parfois chaotique, souvent improvisée, mais toujours honnête.


Conclusion

Écrire avec un TDAH, c’est écrire avec un cerveau qui s’emballe, qui déborde, qui ressent trop et trop vite.
Ce n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un frein. C’est une façon différente de créer, une intensité qui donne à mes histoires cette petite musique particulière que je ne retrouverai jamais ailleurs.

L’important, finalement, ce n’est pas la méthode. C’est la trace. Ce qu’on laisse derrière soi, page après page, au cœur du tumulte.

Un commentaire

Répondre à Isabelle Daude Annuler la réponse.