Premières lignes #130

Bonjour les bookineurs !

Exceptionnellement, je vous présente les Premières lignes d’une de mes lectures du moment un mercredi. Vous découvrirez vendredi pour quelle raison mais je vous ai réservé un petit article différent de mes habitudes. 🙂

Ce mercredi, je vous livre les premières lignes de Quelques mots d’amour, le nouveau roman de Samuelle Barbier, publié le 9 septembre dernier chez Hugo Roman que j’ai terminé en ce début de semaine.

Bon mercredi à tous !

1
Devi

« Devenir étranger à soi-même est
une étape très dangereuse de la vie »
Varel Tchitembo Tchissafou

Je me perds dans la contemplation de mon bol de céréales, touille mes Coco Pops jusqu’à ce que tous les petits grains de riz soufflés perdent leur enrobage au chocolat et tombent en bouillie. J’ai l’impression d’être comme ces céréales, on m’a touillée inlassablement jusqu’à ce que je perde toute consistance. Impossible d’en avaler la moindre cuillerée ce matin.
Je me force à boire une gorgée de jus d’orange, grimaçant par avance en anticipant son acidité. Il se révèle en réalité insipide. Je me demande s’il a perdu toute saveur ou si c’est moi qui n’ai plus goût à rien.
En abaissant mon verre, des gouttes s’en échappent pour finir leur course sur mon tee-shirt blanc. Je pourrais pester contre ma maladresse, ou au contraire me dire que l’orange est la couleur de l’optimisme, ce qui placerait forcément ma journée sous de bons auspices, mais je n’en fais rien. L’un ou l’autre me demanderait trop d’énergie.
Le reste de mes céréales finit au fond de la poubelle, la fin de mon jus d’orange dans l’évier, avant que je file sous la douche. Si j’ai perdu le goût, il est bon de savoir que mon odorat, lui, reste intact. Les notes boisées de mon savon à la lavande de Provence envahissent la cabine alors que je me savonne vigoureusement. Je me frotte avec un gant de crin, jusqu’à ce que ma peau devienne rouge écarlate. Si je continuais, elle se mettrait à peler. Ca m’est déjà arrivé. Je ne me demande pas de quoi je cherche à me laver si désespérément. Au fond, je le sais, ce qui est bien pire. Je préfèrerais ignorer. Ne rien savoir.
L’alarme de mon portable se déclenche. Huit heures. Je m’extrais à contrecœur de ma douche, me dirige vers le miroir. J’essuie d’un revers de main la buée qui le recouvre. L’espace d’un instant, je contemple l’étrangère dans le miroir. Ses cernes violet pâle, sa maigreur, ses cheveux mal entretenus. Puis je reviens à la réalité et attrape une serviette dont la teinte s’accorde parfaitement à ma peau encore à vif.

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