Premières lignes #197

Bonjour les bookineurs !

Encore une semaine qui est proche de la fin. Et pourtant, j’arrive encore à me tromper en comptant les semaines en mars (mes élèves se paient bien ma tête avec ça ^^). Bref, au moins, je ne me trompe pas dans les jours de la semaine et c’est déjà ça. Comme chaque vendredi, je vous partage les premières lignes de ma lecture du moment. Ce vendredi, je commence Abandonner un chat de Haruki Murakami (Editions Belfond).

Bon vendredi et bon week-end à tous !

Bien entendu, j’ai de nombreux souvenirs de mon père. Comment pourrait-il en être autrement, étant donné que, depuis ma naissance et jusqu’à ce que je m’envole du nid à dix-huit ans, nous avons vécu côte à côte dans notre modeste demeure ? Et comme il en va de même, je suppose, pour la plupart des pères et de leurs fils, certains de ces souvenirs sont heureux, d’autres beaucoup moins agréables. Mais ceux qui me restent les plus vivants en mémoire n’appartiennent à aucune de ces catégories. Il s’agit plutôt de scènes parfaitement ordinaires de la vie de tous les jours.

Celle-ci, par exemple :
Lorsque nous vivions à Shukugawa (un quartier de la ville de Nishinomiya, dans la préfecture de Hyõgo), nous sommes allés un jour à la plage afin d’abandonner un chat. Non pas un chaton, mais une femelle adulte. J’ai oublié la raison pour laquelle nous devions nous séparer d’un chat aussi âgé. Nous habitions une maison individuelle avec jardin et nous avions largement assez d’espace pour qu’un chat y trouve sa place. Peut-être s’agissait-il d’une chatte errante qui avait trouvé refuge chez nous ? Peut-être qu’un jour, mes parents s’étant aperçus qu’elle était grosse, ils s’étaient dit que ce serait trop de problèmes d’élever aussi ses chatons. Mes souvenirs sont flous à ce sujet. En tout cas, à cette époque, abandonner un chat était beaucoup plus courant qu’aujourd’hui, ce n’était pas quelque chose qui vous attirait des reproches ou des critiques. Quant à le faire stériliser, l’idée n’en serait venue à personne alors. Je crois qu’à ce moment-là j’étais encore au cours préparatoire ou au cours élémentaire. Cela se passait donc au début des années 30 de l’ère Shõwa, c’est-à-dire aux alentours de 1955. Près de chez nous subsistaient les ruines d’un immeuble abritant une banque bombardée par l’armée américaine. L’une des quelques cicatrices de la guerre toujours visibles alors.

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