Premières lignes #140

Bonjour les bookineurs !

Comment allez-vous en ce vendredi de décembre ?
Pour ma part, je suis en plein dans la frénésie de Noël. Comme ça sera mon premier Noël dans ma nouvelle maison, j’ai envie de mettre des décorations partout ! Un peu trop au goût de Naya qui n’aime ni le Père Noël, ni les guirlandes… (par contre les cadeaux…)
Bref, trêve de blabla, et comme chaque vendredi, je vous livre les premières lignes de ma #VendrediLecture. Aujourd’hui, je commence
Rue du rendez-vous de Solène Bakowski (Editions Plon).

Bon vendredi et bon week-end !

1

1929 – Soilly

Ce devait être une soirée mémorable qui changerait sa vie à jamais. Ce le fut. Mais pas pour les raisons que Denise avait escomptées.
Les trois amies s’étaient préparées en vue du bal comme pour un spectacle. Pendant plus de deux semaines, elles avaient cousu leurs robes, ciré leurs souliers, répété leurs pas de danse.
Enfin, on y était. Aux premiers signes du crépuscule, endimanchées et coiffées, Denise, Léonce et Lucienne se mirent en route en promettant à leurs parents de se tenir à carreau et de rentrer avant minuit. Promesses envolées bien sûr sitôt que Soilly fut hors de portée. La brise était trop réjouissante pour tenir ce genre d’engagement.
Et surtout, elles avaient quinze ans.
Le chemin déroulait son ruban à travers les champs jaunis. la végétation asséché craquelait sous les semelles. Cà et là, des chiens vagabondaient la langue pendante tandis que les bovins s’obstinaient dans les cercles d’ombres rachitiques formées par les arbres assoiffés. Malgré le déclin du jour, la chaleur refusait de succomber. Si bien que, parvenues à la moitié du trajet, les trois jeunes filles firent halte près de la rivière pour se rafraîchir d’une gorgée d’eau.
Revigorées, elles s’inventèrent des cavaliers et paradèrent entre les arbres et les rochers, histoire de faire traîner ce moment magique qui précède la réalisation des rêves. Avant de se statufier, contrites, face au père Ballin qui avait surgi du sous-bois.
— J’parie qu’vous allez à Dormans ! lança le vieux menuisier en riant sous cape.
Elles opinèrent, les mains derrière le dos, les joues gonflées d’embarras.
— Hé hé, soyez sages, les mômes ! ajouta-t-il.
Elles hochèrent la tête en arborant un minois de circonstance et observèrent l’homme qui s’éloignait en sifflotant dans la lame du couchant. Puis, n’y tenant plus, elles explosèrent d’un rire cristallin qui sonna le glas de la pause. Il était hors de question d’arriver à la fin des festivités. Elles se remirent en marche, excitées d’être si près des flonflons du bal du 14 juillet.

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