Premières lignes #137

Bonjour les amis !

Comme chaque vendredi, on se retrouve pour partager nos lectures du moment et j’en profite pour vous livrer les premières lignes de ma #VendrediLecture.
Pour la deuxième semaine consécutive, c’est sans surprise que je lis le même roman depuis lundi mais je vous rassure, cette lecture est plus plaisante que celle de la semaine dernière. C’est juste que je n’ai plus autant de temps ni d’énergie pour ce loisir en ce moment (mais ma passion reste intacte !). Je suis donc toujours dans la lecture de
Les vagues ne meurent jamais de Pierre Grand-Dufay (Editions Bonneton). Si vous ne connaissez pas la plume de cet auteur, foncez !

Bon vendredi et bon week-end !

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Une pluie oblique et drue strie le ciel de Manhattan. Les vitres des buildings s’embuent d’un voile crasseux, lourd ‘une poussière oxydante. Quelques mouettes ivres de vent tournoient en riant dans les courants d’air, au-dessus de l’Hudson noyé dans une brume poisseuse. Robert Mac Corney regarde par les baies de son bureau, au dernier étage de la tour qui porte son nom. Il questionne Roxane, son fidèle robot anthropomorphique dernière génération. L’assistante devenue indispensable possède une apparence humaine troublante, nez droit et narines délicates, peau blanche légèrement poudrée, visage triangulaire très doux, regard vert tendre, lèvres sensuelles d’un rouge mat, des formes avenantes, à l’image de l’idéal américain des années 2030.
— Roxane, dis-moi quel temps il fera le week-end prochain. On pourra voler comme prévu ?
— Les probabilités d’une amélioration réelle sont faibles, estimées à 22%, répond instantanément l’algorithme humanoïde. Les conditions climatiques restent médiocres en raison d’une dépression statique qu’aucun vent n’évacuera vers l’ouest ; vous devez envisager d’annuler votre essai.
— Toujours votre lubie pour cet avion solaire ! interrompt Scott, son plus proche collaborateur depuis cinq ans, agacé que Roxane lui dame la première place.
— Vous qualifiez cet immense projet de lubie ? Ce n’est pas très aimable de votre part, Scott, et surtout, vous n’avez rien compris. Vous ne voyez donc pas ce qui se passe dans le monde ? Ce n’est quand même pas difficile à comprendre : les énergies fossiles sont obsolètes, c’est fini tout ça, et ce n’est pas une mode, mais une tendance irréversible ; le monde n’en veut plus, et moi non plus, je ne supporte plus de faire des millions de dollars de profit en pourrissant l’atmosphère ! Continuer serait totalement immoral… Il faut accepter de se remettre en question, le capitalisme et la liberté d’entreprendre ont créé beaucoup de richesse, d’innovations et de progrès, c’est vrai, mais nous atteignons la limite du système et cette limite, ce sont les ressources de la planète. Si nous ne trouvons pas une solution fiable et durable, notre façon de vivre et de consommer mettra en danger la survie de notre espèce. Pour être honnête, c’est aussi une question business : les clients de demain ne monteront plus dans des avions qui ont un impact aussi négatif sur l’environnement et qui augmentent le réchauffement climatique !

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