Premières lignes #134

Bonjour les bookineurs !

Ca y est, les vacances sont presque arrivées, je me sens déjà plus libre et moins surchargée. Pourtant, je serai encore à l’école la semaine prochaine pour aider quelques loulous qui auraient besoin d’un peu de soutien. Mais le rythme est différent et les grosses réunions sont passées.

Cette semaine, j’ai pu terminer mon livre commencé et depuis hier, j’ai commencé la lecture de L’arbre des souhaits d’Agathe Dartigolles (Editions de Borée) dont je vous partage les premières lignes aujourd’hui. 🙂

Bon vendredi et bon week-end !

Prologue

Elle marchait en direction de la forêt, le paquet à la main. Elle aurait pu tout aussi bien le déposer dans le panier en osier, mais il pesait déjà trop lourd sur son bras. Elle se souvenait du jour où elle trottinait avec allégresse sur ce même chemin dans sa jolie robe fleurie, celle qu’elle gardait pour les grandes occasions. Elle se rappelait le tourbillon de fébrile impatience et de douce exaltation qui la faisait virevolter dans la chaleur estivale alors qu’elle longeait les vignes, sensation divinement grisante. Elle respirait le parfum suave des grappes de raisin mûres, alors gorgées de soleil, qui l’enivraient de leurs puissants arômes jusqu’à l’euphorie. Tout était tellement différent à présent.
Elle n’avait pas de mot pour expliquer clairement l’état d’âme qui l’habitait et la hantait. C’était un peu comme sortir subitement d’un saisissement. Comme s’extirper difficilement d’un envoûtement. Comme guérir d’un empoissonnement des sentiments. Elle atteignit enfin la lisière de la forêt et poursuivit au-delà. Sous le couvert des arbres, elle pouvait donner l’illusion de simplement se promener, mais il s’agissait d’une autre réalité. Elle ralentit enfin l’allure en avisant l’étonnante silhouette de pierre blottie dans son écrin sauvage de verdure grimpante. Elle se sentit vaciller et s’appuya contre le tronc d’un arbre pour respirer. Elle se remit à marcher. Le bruit discret de ses pas feutrés dans les feuilles qui craquaient sous ses souliers faisait écho aux empreintes du passé.
Un frisson la saisit devant la porte et elle se mit à trembler. Heureusement, tout serait bientôt terminé. Elle s’avança dans l’enceinte sacrée et déposa son panier à ses pieds, juste devant l’insolite structure en brique. Elle avait emporté tous les outils, pourtant elle ne l’avait pas oublié, la petite brique descellée qui semblait vouloir s’évader. Elle saisit l’excroissance, l’attira vers elle et la déposa au sol. Elle examina le matériau et observa l’espace laissé béant. La malformation de la brique était évidente, elle était bien trop longue. Elle saisit son paquet et l’inséra dans l’interstice. Elle jeta un nouveau regard sur la brique. Elle devait la raccourcir. Elle s’assit alors à même le sol et commença à utiliser les instruments qui gisaient dans son panier. Elle entreprit de casser, limer, rogner, tant et si bien que la brique, tronquée de moitié, s’ajusta enfin à la perfection. Elle recula de quelques pas pour saisir le résultat, soupirant en repoussant de son visage quelques mèches de cheveux qui s’étaient collées sous l’effet de la sueur. Le secret désormais, serait bien gardé.

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