Premières lignes #132

Bonjour les bookineurs !

J’espère que vous allez bien. 🙂
Ce vendredi, je ne vais pouvoir vous partager l’incipit de ma #VendrediLecture, comme une envie de changer un peu les habitudes. Aussi, aujourd’hui, je vous partage les premières lignes de ma précédente lecture qui n’est qu’autre que le nouveau roman de Wendall Utroi,
Le paradis des vauriens publié depuis hier aux Editions Slatkine & Cie.

Bon vendredi et bon week-end !

1

« Calme-toi, petit. »
Trois mots anodins, murmurés, inoffensifs. Une prière bienveillante, mais elle grondait dans ma tête, comme un tambour qu’on déglingue. « Petit ! » Les mots m’empoissonnaient et pas simplement à cause de ma taille. Mes oreilles sifflaient. Était-ce la colère ou la musique grinçante qui s’échappait du juke-box de ce café minable ? J’avais pourtant bien dit à ce vieux poivrot de me lâcher, de dégager, de me laisser boire tranquillement mon demi au comptoir, mais il insistait. « Calme-toi, petit », répétait-il avec son haline d’ivrogne. Dans ma tête, ça résonna plus fort encore, un trop-plein de haine et de colère prêtes à exploser.
Bien sûr que je m’étais enquillé quelques bières, trop vite, sans compter, sans respirer. Bien sûr que je gueulais tout seul et que je proférais des insanités, mais je ne lui parlais pas, au vieux. Lorsqu’il a glissé sa main grasse sur mon bras, caresse de serpent, et qu’il a répété un dernière fois sa phrase, je n’ai pas retenu mon poing. Le vieux est tombé à la renverse, le nez en sang, sa tête a rebondi sur le parquet et on ne l’a plus entendu.
Les rares protestations des joueurs de cartes, à la table du fond, se sont étouffés quand je les ai regardés. Seul le patron avait bougé. Un vrai bûcheron, des épaules sculptées à la hache, et un regard qui m’annonçait qu’il allait me tailler en pièces si je ne dégageais pas tout de suite. Je ne l’ai pas lâché des yeux, histoire de lui faire comprendre que je ne le craignais pas, et c’était vrai. L’alcool, ça rend courageux et con. J’ai récupéré mon sac à dos, j’ai vidé d’un trait le fond de mon verre et je suis sorti sans en faire des caisses.

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