Premières lignes #131

Bonjour les bookineurs,

Comment allez-vous en ce premier jour d’octobre ? (et oui, déjà !)
Pour ma part, je peine à trouver du temps pour lire en dehors de mes jours de repos… Mais bon, on a tous des priorités dans la vie et quoi qu’on en dise, la lecture reste un loisir. 🙂 (et si je veux payer mes livres, j’ai intérêt à bien faire mon travail :p)

Ce vendredi, je suis dans la lecture de Les eaux noires d’Estelle Tharreau, un thriller qui paraîtra jeudi prochain aux Editions Taurnada.

Et vous, quelle est votre #VendrediLecture ?

Bon vendredi à tous et bon week-end !

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Yprat était un cœur, asymétrique et inachevé.
Une ville balnéaire divisée en deux anses siamoises dont les extrémités rocheuses se rapprochaient sans jamais se rejoindre. Une particularité qui, vue du ciel, lui donnait l’aspect d’un cœur dont le dessinateur n’aurait pas esquissé la pointe pour souligner que ces deux anses, bien qu’unies dès leur naissance, n’étaient pas vouées au même destin.
L’une d’elles était hypertrophiée, dense, chatoyante et lumineuse. L’autre se réduisait à un timide creux parsemé de constructions ternes et hétéroclites, comme autant de confettis oubliés après la fête. En enfant mal aimé, cette anse avait été rebaptisée la « Baie des Naufragés ».
Pourtant, la même mer les bordait. Une mer du Nord aux couleurs d’un bleu vert teinté de gris rosé, l’été, et aux tonalités anthracite et marron, l’hiver. Mais un éperon calcaire les séparait. Une pointe sur laquelle avait été construit un immense bâtiment, la « Résidence des Embruns », qui occultait Yprat et imposait à la Baie des Naufragés la vue de son postérieur noir, un vaste parking ceint de grillage et de barrières.
Si la Baie des Naufragés n’avait pas été le lieu du trépas de tant d’innocences, il n’aurait pas été nécessaire de la dépeindre.
De toute façon, qui existait-il pour la plaindre ?
Les utilisateurs des quelques cabines d’habillage bloquées entre la route et la plage de la Baie des Naufragés ? A part quelques saisonniers, personne ne venait jamais se changer ici. Non, eux ne la plaindraient pas.
Ni les trois épaves échouées, d’ailleurs. Des coques de noix qui témoignaient de la présence d’un ancien cimetière de bateaux. Le reste des « cadavres » avaient été évacués depuis longtemps. Seuls restaient ces trois naufragés qu’on repeignaient chaque été pour ne pas effrayer les vacanciers égarés et conserver une touche nostalgique.
Qui restait-il donc pour se plaindre dans cette anse hypotrophique, délaissée et sinistre ?
Peut-être ces sept âmes échouées comme les trois navires sur le flanc ; sept âmes et quatre maisons. Trois demeures figées le long de la route qui venait mourir dans la Baie des Naufragés. Puis, bien plus loin que la fin de tout, à l’écart, comme un point final au désamour, la quatrième se tassait sur elle-même pour excuser sa présence. Cette maison était celle de Suzy Macondo.
Suzy qui n’avait que 17 ans et qui allait bientôt mourir.

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