Premières lignes #123

Bonjour les amis !

Comment allez-vous ? J’espère que vous avez un meilleur temps que moi. Entre vent et pluie, de temps à autre le soleil vient faire une brève apparition, mais qu’est-ce qu’il fait froid ! J’ai ressorti le plaid, le chocolat chaud et la veste !
Au moins, j’en profite pour commencer les travaux dans la maison. Comme la cuisine est ma pièce préférée, et qu’en plus c’est la première pièce quand on entre chez moi, c’est par elle que l’on s’est attaqué ! Et la différence se fait vite sentir.

Je n’en oublie pas de préparer la rentrée (ça y est, j’ai commencé !) et de me détendre avec un bon livre. Ce vendredi, ma lecture en cours est La prophétie des marguerites d’Alain Léonard, un roman de terroir à paraître jeudi prochain aux Editions de Borée. Connaissez-vous cet auteur ?

Sinon, que lisez-vous aujourd’hui ?

Bon vendredi et bon week-end !

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Ce deuxième dimanche de mai 1866, l’église de Saint-Beauzire se vidait après l’office. Les hommes, d’un geste ample, recoiffaient leurs chapeaux de feutre dès le porche franchi et se dirigeaient joyeusement vers les cafés qui s’alignaient le long de la rue du Commerce. Les femmes, en commentant à voix basse le sermon du jour, s’enroulaient dans leurs châles de laine pour se protéger du vent frais qui soufflait du nord sur le bourg en rafales hargneuses et insistantes. Jeanne, âgée de seize ans depuis la semaine précédente, le jour de la Sainte-Catherine-de-Sienne, poussait devant elle ses cadets. Deux frères et deux soeurs, heureux de reprendre leurs chamailleries habituelles et d’aller se dégourdir les jambes après toute une heure de torture passée à se taire. Sa mère était restée en arrière, au milieu des bancs de bois désertés, pour s’entretenir avec M. le curé dès que le monde serait sorti. Dans ses bras, enroulé dans une couverture, le petit dernier, Joseph, né quelques semaines plus tôt, n’avait pas encore été présenté sur les fronts baptismaux.
– Mais avancez donc, les bousculait Jeannette, la soupe du père n’est pas encore prête !
Celui-ci ne semblait pas spécialement pressé de prendre son repas. Antonin préférait, le dimanche, plutôt que de sacrifier à ses devoirs de chrétien, s’attabler en terrasse avec ses connaissances, tout aussi peu enclines que lui aux choses de la religion. Des paysans comme lui, au verbe haut, prompts à descendre des pichets de vin rouge, comme si toute la terre d’Auvergne leur brûlait la gorge, et pincer les fesses de Lucile, la jeune serveuse un peu simplette. Celle-ci riait aux malices des hommes émoustillés en faisant joyeusement tressauter dans son corsage une poitrine opulente à la peau laiteuse qu’elle cachait à peine.

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