[Sélection Prix Audiolib 2021] Taqawan, Eric Plamondon

Audiolib – 4h08min
Publié le 14 octobre 2020
Lu par François-Eric Gendron

– Sélection Prix Audiolib 2021 –

*
*   *
*

~ Résumé ~

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…
Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves  brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du  présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Taqawan est un fabuleux roman noir interprété avec brio par François-Éric Gendron.

*
*   *
*

~ Mon avis ~

J’ai écouté Taqawan dans le cadre du Prix Audiolib 2021. Il faut dire que je ne me serai pas dirigée de moi-même vers ce livre d’Eric Plamondon, publié en papier chez Quidam Editions et Le livre de poche.

Le 11 juin 1981, les Indiens Mi’gmaq de la réserve de Restigouche en Gaspésie subissent un raid brutal de 300 policiers de la Sûreté du Québec, qui ont ordre de confisquer leurs filets de pêche. L’opération déclenche une émeute, qui elle-même provoque une répression policière disproportionnée, et une crise politique. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’imposer des quotas de pêche de saumon aux Indiens, mais surtout, pour le Premier Ministre du Québec, de « faire chier Ottawa ». En effet, si la pêche est une compétence gérée par la province, les réserves indiennes relèvent, quant à elles, du gouvernement fédéral canadien. S’en prendre aux droits de pêche des Indiens revient donc à empiéter sur un territoire et une compétence qui sont la chasse gardée du fédéral, et à rappeler ainsi les velléités souverainistes du Québec.

C’est en plein cœur de ce pan d’Histoire que se retrouvent coincés Océane, une jeune Mi’gmaq de 15 ans qui disparaît le jour du raid et est retrouvée par hasard quelques jours plus tard, blessée et prostrée, par un agent de la faune qui vient de démissionner, écœuré par la violence gratuite des policiers lors de ce même raid. Il recueille la jeune fille dans sa cabane et tente de la remettre sur pieds avec l’aide d’une institutrice française en stage dans la région, et un Indien mi’gmaq qui vit à l’écart de la tribu. Les quatre protagonistes auront bien du mal à échapper à la vengeance des agresseurs d’Océane, imbus de leur supériorité d’hommes blancs et de leur impunité.

Pour comprendre l’origine de cette violence, Eric Plamondon, tel un saumon qui revient dans sa rivière natale (un taqawan en langue mi’gmaq), remonte le fil de l’Histoire sur quelques siècles, jusqu’aux conflits de territoire entre autochtones, colons anglais et colons français, qui ont abouti, peu ou prou, à ce gouvernement québécois un brin schizophrène, rêvant d’indépendance tout en privant sa population indienne de toute autonomie.

A la fois polar, roman historique et politique, document ethnographique émaillé de légendes indiennes, et parsemé, en fil rouge, d’informations sur la vie des saumons, ce récit très riche parle de colons et d’autochtones, d’Anglais et de Français, de minorités et de majorités, d’indépendance et de mise sous tutelle, de l’Humain pour ou contre la Nature, de l’Humain pour ou contre l’Humain.

Taqawan est un roman très rythmé, à la construction éclatée mais facile à suivre, un texte ambitieux et intense qui marque par des personnages touchants d’humanité et une Histoire criante d’injustice.

Un petit mot sur François-Eric Gendron, le comédien qui donne vit à ce récit. Je n’ai eu aucun souci à m’immerger dans ce livre. François-Eric Gendron interprétant parfaitement chacun des rôles qui lui incombe. De l’accent français au québécois, il nous fait passer de l’une à l’autre en un quart de seconde et sans que cela ne nous dérange. Dès les premières secondes je me suis laissée embarquer, au son de sa voix, pour découvrir ce pan de l’histoire canadienne et indienne que je ne connaissais pas.

Un commentaire

Laisser un commentaire