Bonjour les amis !
Encore une semaine qui se termine et nous sommes déjà en octobre ! Finalement, on va peut-être en voir le bout de cette fichue année 2020. 😉
En attendant, comme chaque vendredi, je vous partage les Premières lignes de l’une de mes dernières lectures et pour aujourd’hui je vous ai choisi l’incipit de Mots croisés de Fanny Vandermeersch, sorti le mois dernier chez City Editions.
Bon vendredi !
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Juliette
9 heures. Juliette ferme avec douceur la lourde porte blanche de son immeuble qu’elle quitte en chantonnant, un sourire vissé sur les lèvres depuis son réveil. Elle laisse derrière elle sa fille Roxane encore endormie – elle a bien compris qu’il ne servait à rien de vouloir réveiller une adolescente un samedi matin – et leur poisson rouge Baobob, occupé à végéter dans l’eau claire de son aquarium rond. Le temps est au beau fixe, comme son moral. Elle aime ces premières journées ensoleillées qui annoncent l’arrivée prochaine de l’été, des barbecues, du rosé et des jours qui allongent.
Dans sa main droite, la jeune femme tient fermement, comme si elle craignait de le perdre, un trousseau de clés : c’est elle qui ouvre la médiathèque ce matin. Si elle n’accordait pas autant d’importance aux regards des autres, elle poursuivrait sa route en sautillant, sauterait par-dessus les flaques d’eau, tournoierait autour des lampadaires disséminés sur son chemin, suivant le rythme des basses qui résonnent dans sa tête. Elle se sent si légère ! Légère et terriblement impatiente aussi.
Elle avance d’un pas léger, presque aérienne, l’impatience étant de mèche avec un certain soulagement, surexcitée comme une petite fille à l’approche de Noël. Les émotions battent le tempo. Et pour cause ! Ca y est, elle le tient ! Son happy end ! La fin feel-good de son histoire, un terminus qui se dérobait jusque là à elle, malgré les heures passées devant les deux cent cinquante pages déjà noircies sur son écran d’ordinateur portable. Elle voit enfin la conclusion d’un long travail de rédaction, puisqu’il lui a fallu huit mois pour atteindre cet objectif qui lui semblait ambitieux. Des mois d’euphorie, des mois de doute, aussi. Elle était passée par toute une palette d’émotions, du fantasme secret d’écrire le prochain best-seller, choisissant devant son miroir quelle moue elle devrait offrir aux journalistes qui se battraient pour avoir une interview de cette nouvelle autrice – ou auteur, voire auteure ? – à la certitude que la lecture d’un annuaire serait plus agréable que celle de ce qu’elle ose appeler pompeusement « son roman ».
