Bonjour les amis !
J’espère que vous allez tous bien.
Pour ma part, je commence à trouver mon rythme entre la nouvelle école, mes nouveaux horaires et ma vie perso. Petit à petit les choses se placent. Et étonnamment parfois, on arrive à oublier ce fichu covid dont la menace plane toujours au-dessus de nos têtes et des écoles…
Bref, aujourd’hui c’est vendredi et qui dit vendredi, dit Premières lignes d’une de mes lectures. C’est sans difficulté que j’ai choisi Même pas morts de Marc Magro car c’est le livre qui m’a accompagnée depuis vendredi dernier !
Bon vendredi à tous ! 🙂
AVRIL 2013
SAINT-ANDRE-DE-CULBZAC
GIRONDE
SUD-OUEST DE LA FRANCEI
Mme Antonelli, honnête octogénaire, n’était pas femme à se laisse impressionner par la mort. Elle avait connu la tyrannie pendant la guerre, celle où le vice pousse le tortionnaire à vous tenir la tête sous l’eau jusqu’à ce que vous sentiez un manque atroce d’oxygène et que vos membres gigotent de désespoir pour un peu d’air. Par chance, alors qu’elle n’était qu’une frêle enfant, la fillette adorait déjà les compétitions d’apnée entre camarades, à la piscine l’hiver ou dans le lac l’été. Ce qui lui avait valu une résistance hors du commun quand un Allemand avait tenté d’exercer sur elle toute sa cruauté.
Retraité de la banque, M. Antonelli, son mari de deux ans plus âgé qu’elle, avait été épargné des camps dans son enfance. On était catholique depuis des siècles dans sa famille. De ce fait, il avait reçu une éducation religieuse. Mais à défaut de prier, de s’ennuyer durant des messes interminables et obscures, il s’était découvert très tôt une passion pour les chiffres. Il y avait quantité de choses à dénombrer sur le grand mur de marbre au fond de l’église où la famille se rendait le dimanche. C’était un fouillis extraordinaire d’ex-voto : papiers collés, tableaux accrochés à des ficelles, remerciements gravés parfois au couteau sur des bouts de bois.
Organisé et téméraire, le petit Antonelli aimait compter. Un jour, il s’était juré de recenser le nombre exact de ces choses avant que ne sonne l’heure de sa communion solennelle. Un défi qu’il avait réussi grâce à sa foi indéfectible… dans le calcul.
