Coucou la compagnie !
Cette semaine, je vous partage les Premières lignes d’une de mes lectures de cette semaine (et il y en a !!). Commencé la semaine dernière, j’ai terminé l’écoute de Sauvez-moi de Jacques Expert (Lizzie).
Bon vendredi à tous !
Prologue
23 mai 2018
A quatre-vingt-quatre ans, que peut-on bien encore attendre de la vie ? Qu’elle s’achève, et qu’on en finisse avec cette vaste blague ?
Pour cette dame, aux traits tendus, au regard acéré, à la chevelure drue et noire (elle traque la moindre mèche grise), non. En aucun cas.
« Elle est coriace, elle ne va pas crever de sitôt, la vieille ! » se dit-elle souvent, comme un encouragement à s’obstiner à paraître dix ans de moins que son âge.
A force de journées inutiles, réglées comme du papier à musique, beaucoup se diraient : A quoi bon, pourtant, prolonger cette routine monotone, après une existence si accomplie ? Elle, jamais.
Sophie Ponchartrain se lève à l’aube. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle ne s’est jamais réveillée plus tard qu’aux aurores. Quand elles étaient enfants, son père exigeait que ses trois filles soient debout en même temps que lui. Policier de carrière, devenu veuf à la naissance de Sophie, il leur imposait une discipline de fer, tout en les trimbalant de ville en ville au gré de ses mutations, au fil de sa carrière qu’il avait terminée à la préfecture des Hauts-de-Seine.Marine et Denise avaient fini par ne plus supporter cette vie de frustrations. Dès qu’elles l’avaient pu, elles avaient fui le domicile familial. Sophie avait vite perdu tout contact avec ses aînées, qui avaient fait leurs vies loin d’elle et de leur père. Elles avaient fondé des familles, eu des enfants, puis des petits-enfants. Jamais Sophie, comme leur père de son vivant, n’avait souhaité les rencontrer. Ses neveux resteraient des inconnus.
Georges Ponchartrain n’avait jamais pardonné à ses aînées ce qu’il considérait comme une trahison, et son ressentiment était allé jusqu’à interdire leur présence à ses obsèques. Il avait chargé Sophie, la fidèle Sophie, d’y veiller, et elle s’y était appliquée, en dépit de l’insistance de ses sœurs. « Je suis désolée, leur avait-elle expliqué avec douceur, mais papa a expressément donné des consignes, il ne voulait pas que vous soyez présentes. » Elle avait embrassé Martine et Denise, pleuré avec elles, mais n’avait pas fléchi. Ses sœurs n’avait pas le droit d’être là.
