Premières lignes #54

Bonjour les amis !

Cette semaine il s’est produit un événement rare : je n’avais plus de chroniques de planifiées ! Ce qui veut dire que je n’ai plus de lectures « d’avance ». Ainsi les chroniques que je publie se font quasiment instantanément à la fin de ma lecture. Il va peut-être falloir que je revois l’organisation des articles du blog.

Trêve de blabla, ma vie livresque ne vous intéresse peut-être pas. Cette semaine j’ai eu le plaisir de lire Lily sans logis (dont j’espère pouvoir vous proposer la chronique demain ^^) et j’ai beaucoup apprécié la plume de Frédérique-Sophie Braize. C’est tout naturellement que j’ai eu envie de vous en faire découvrir les Premières lignes.

Bon vendredi à tous !


I

Lily Rossignol était une fille de la montagne en chemin vers la foire ancestrale. Une marcheuse flanquée d’un chien attelé à une charrette servant de cache à un petit phénomène. Avec cela, des yeux trop clairs pour être beaux et une tignasse ocrée rabattue en mousse sur le front. Et sa maigreur provocante, ses bas avec plus de morceaux rapiécés que de bouts qui tiennent.
Lily se rendait à la foire de Crête qui avait lieu chaque année le premier jeudi de septembre depuis quatre siècles. Cinq mois plus tôt, elle avait fui son hameau avec ce qui était à la fois un gagne-pain et un fardeau. Condamnée à l’errance par une série de malchances, elle allait de vogue en kermesse, de fête patronale en marché. Parce qu’elle cherchait chaque soir un endroit où passer la nuit, on l’avait affublée du sobriquet de Lily sans logis. La ficelle invisible qui la reliait à son village natal ne s’amincissait pas malgré la distance. Chaque détail du Haut-Thex restait présent dans sa mémoire : le chalet familial encastré dans la pente, l’air parfumé de rhododendrons en fleur, le tintement des sonnailles, le goût herbacé de la tomme d’été. Elle avait tout en tête, mais ne pouvait rien raconter, rien décrire. A personne. Car chaque détail était pour elle une image dont l’évocation avait un fumet âpre. Celui de la cruauté du sort.

Lily sans Logis

Laisser un commentaire